Long format et documentaire… Retour sur la rencontre StoryCode Grand Ouest #18

Long format et documentaire… Retour sur la rencontre StoryCode Grand Ouest #18

Le jeudi 19 janvier 2017, Ouest Médialab, en partenariat avec le Club de la Presse de Nantes et Le Quatre Heures, organisait à Nantes une 18ème rencontre StoryCode Grand Ouest sur le thème : « long format et documentaire ».

En solo, en duo ou en trio, les porteurs de projets sont tour à tour venus pitcher. Au total, 5 projets (réalisés ou en cours de réalisation) en lien avec le long format ou le documentaire ont été présentés. Plus que de technologie et d’interactivité, les intervenants ont surtout témoigner avec passion de leur métier et du temps nécessaire pour trouver la bonne distance avec leur sujet ou créer une relation de confiance avec les personnages clés de leur récit.

L’autonomie au cœur d’une série consacrée au handicap

Le journaliste Thibault Dumas, a présenté son projet de série sur le handicap publiée sur le site d’info Terri(s)toires. Il a choisi d’illustrer ses propos avec un reportage intitulé « Handicap : à La Grillonnais, sur les chemins sinueux de l’autonomie« .

illustration Thibault Dumas

Extrait du reportage photo réalisé par Thibault Dumas.

 

Il se souvient du jour où il s’est rendu  à l’hôpital Saint-Jacques à Nantes qui regroupe notamment les services de rééducation fonctionnelle, de psychiatrie, et de gériatrie. Une fois sur place, une visite de 1h30 était proposée. A la fin, les journalistes se retrouvaient dans un gymnase pour interviewer des personnes handicapées et accidentées. Pour Thibault Dumas ce fut un choc : « comment peut-on, en tant que journaliste, passer si peu de temps sur un sujet si grave ? »

Plus tard lors d’un covoiturage, il fit la rencontre d’une femme qui travaillait à la Grillonais : un Institut d’éducation motrice (IEM) et de formation professionnelle (FP). Un lieu unique en France dont il n’avait pourtant jamais entendu parler et qui l’inspire.

Le premier échange téléphonique avec le directeur a duré plus de 3h pour déterminer le sujet (il était le premier journaliste à vouloir faire un reportage sur le lieu). Une première journée sur place a été nécessaire pour établir le contact. Le journaliste décida de revenir une seconde fois sans matériel pour observer et s’intégrer, non sans ressentir une certaine frustration faute de pouvoir immortaliser certains moments. Il y est retourné une troisième fois avec du matériel. Le contact avec les personnes interrogées s’est fait naturellement. Ces dernières ont expliqué très clairement leur situation malgré des difficultés d’élocution.

Lorsque l’on le questionne sur le choix très classique du format retenu pour son reportage (du texte et des images), Thibault répond que l’essentiel n’est pas là : »Je vois plus le long format comme une méthode de travail que comme un résultat final. » Par ailleurs, rester sur l’écrit lui a permis de garder la bonne distance et d’avoir une approche moins brutale qu’avec du son ou de la vidéo.

 

« Cellule familiale » : un reportage interactif sur l’épreuve de l’incarcération

Florence Pagneux (journaliste), Armandine Penna (photographe) et Amélie Mougey (rédactrice en chef – Le Quatre Heures) sont venues parler de leur projet « Cellule Familiale« .

Les trois professionnelles ont décidé de montrer la façon dont les familles vivaient l’incarcération d’un de leur membre. Leur principal défi ? Apporter une dimension humaine au reportage par le biais de photos et de témoignages tout en respectant l’anonymat des personnes interviewées.

cellule familiale

Page d’accueil du long format « Cellule familiale ».

 

Pour réaliser ce long format, elles ont dû identifier en amont les protagonistes et obtenir leur accord. Florence Pagneux et Armandine Penna sont ensuite allées sur le terrain. Elles se sont rendues dans un établissement pénitencier à Nantes lors de temps forts de vie comme la fête des pères mais ont aussi réalisé des interviews au domicile des familles.

Leur complémentarité a été moteur de la réalisation de ce reportage. Toutes les trois partageaient aussi l’envie de créer un long format. « Le média de nos rêves ressemble au croisement du web et du grand reportage… c’est comme ça qu’est né le reportage Cellule Familiale ».

Le principe ? S’immerger dans un univers inconnu et utiliser les différentes possibilités du web et médias (son, dessin, vidéo, écriture, etc.) pour raconter une histoire. Cette manière de travailler est d’ailleurs la marque de fabrique de Le Quatre Heures qui a publié le projet sur son site web. Le Quatre Heure sélectionne et publie chaque mois un long format parmi la dizaine de projets qui lui sont proposés . Grâce aux abonnés numériques – son unique source de revenu – le média parvient pour l’instant à rémunérer les auteurs à hauteur de 600 euros par sujet et espère bientôt pouvoir augmenter ses tarifs.

 

« Derrière la porte » : un récit interactif pour informer et sensibiliser

Sophie Barel, sociologue et graphiste, est venue présenter « Derrière la porte » : un récit interactif sur les violences conjugales.

Sophie estime que les médias communiquent très peu sur la violence psychologique et informent essentiellement sur la violence physique. Partant de ce constat et d’une réflexion partagé avec le journaliste Hadrien Bibard, elle a souhaité travailler sur un récit interactif, inspiré entre autres du serious game « Jeu d’influence« , pour aborder le sujet des violences psychologiques.

projet violences conjugales

Page d’accueil du récit interactif « Derrière la porte ».

 

Ce projet a été réalisé avec des étudiants en journalisme (SciencesPo), en communication (Infocom), en graphisme (LISAA) et en informatique (INSA) dans le cadre d’un atelier HybLab organisé en décembre 2016 à Rennes. Dans un billet de blog, Sophie Barel revient sur cette expérience riche en rencontres et en apprentissage.

En 3 jours, l’équipe a conçu, à partir des témoignages collectés par la sociologue, un récit interactif dans lequel le lecteur peut à la fois être victime et auteur de violences. Il peut choisir d’incarner « Camille » ou « Alex » (des prénoms unisexes pour parler des couples hétérosexuels et homosexuels), tous deux étudiants à Rennes. Le lecteur est alors plongé dans le quotidien des personnages et découvre au cours du récit s’il est l’agresseur ou la victime.

 

Le webdocumentaire « Et si c’était la dernière élection présidentielle ? » 

Marianne Gaudillère, rédactrice en chef du média participatif Le Vlipp et son équipe ont présenté leur projet de webdocumentaire en cours de production intitulé « Et si c’était la dernière élection présidentielle ? ».

L’équipe, qui a l’habitude depuis 2011 d’explorer des nouveaux formats de narration, a choisi la plateforme d’édition de contenus interactifs Racontr pour publier ce projet. Cet outil avait déjà été utilisé pour les webdocumentaires « Murmures » (2014) et « Le saviez-vous ?! » (2015)

murmures

Page d’accueil du webdocumentaire « Murmures ».

Marianne Gaudillère résume en quoi consiste ce nouveau projet (bientôt en ligne sur le site www.vlipp.fr) auquel participe une dizaine de jeunes de 15 à 30 ans :  » Nous allons produire et mettre en ligne des contenus vidéos et des articles enrichis sur une plateforme RacontR pour poser un regard multiple au sujet de la saison politique que nous vivons cette année. »

 

Chaque mois, les participants discutent d’une thématique (ex : « Et si on changeait de système électoral ? ») et proposent un défi associé (ex : « J’ai fait la liste de toutes les alternatives. »). Au total, 5 thématiques seront abordées. 

 

« Le Maire, le Druide et le Toubib » : un documentaire sur les déserts médicaux

Frédéric Lossent, réalisateur, et Maël Mainguy, producteur audiovisuel, ont présenté « Le Maire, le Druide et le Toubib«, un documentaire de 52 minutes qui sera diffusé sur Public Sénat au printemps prochain.

Ce documentaire aurait pu être un long format interactif si les financements pour les nouveaux médias étaient à la hauteur de ceux alloués aux formats traditionnels, ce qui est encore loin d’être le cas a rappelé le producteur. La chaîne Public Sénat a mis 15 000 euros dès le départ sur le projet ce qui a permis de  décrocher davantage de financements, notamment auprès du CNC.
 
Actuellement en cours de réalisation, le film met en scène l’histoire vraie du village de La Roche-Derrien qui en mars 2016 a tenté d’alerter les politiques sur la question des déserts médicaux. Le maire avait annoncé avoir recruté, par le biais du Bon Coin, un (faux) druide faute de trouver un médecin.
 
maire druide toubib

Le faux druide recruté par la Mairie de La Roche-Derrien.

 
Frédéric Lossent a pu convaincre les médias nationaux car le sujet traite d’une problématique qui touche l’ensemble de la France et que nous sommes en période électorale. Il a expliqué que sa rencontre avec Maël Mainguy a modifié sa manière d’aborder le sujet, en le poussant à mettre de côté ses réflexes journalistiques pour travailler davantage un point de vue d’auteur-réalisateur sur les personnages de son histoire et les ressorts de la narration.

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